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 Tarnac

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alain
fondateur
fondateur


Number of posts : 22813
Localisation : Dompierre sur Veyle ,France
Registration date : 2005-04-19

PostSubject: Tarnac   Fri 4 Dec - 16:27

Quote :

Bonjour,


Comme vous avez du le savoir une nouvelle arrestation à eu lieu à Tarnac
la semaine dernière qui a donné lieu à une nouvelle garde à vue
anti-terroriste. Le juge s'obstine et a mis en examen une dixième personne
sur des motifs toujours plus fantasques. Devant cet aveuglement et
refusant de voir leur défense paralysée par une nouvelle série de mesures
de contrôles judiciaires, les désormais dix mis en examen ont décidé
collectivement, en se rencontrant, de ne plus se soumettre à leurs
obligations de contrôle judiciaire. Ce geste répond aussi à la crainte de
voir cette procédure absurde s'installer dans le ronron judiciaire qui a
paralysé tant d'autres avant eux, parfois pendant des années.


Dans ce mail, 4 textes parus récemment :

- Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires
- Parloir sauvage à la SDAT
- Communiqué suite à l'arrestation de Christophe
- Lettre de Benjamin et Maka : "Fallait pas nous mettre dans la même
prison !"


Retrouvez-les,
ainsi que des articles parus dans le presse sur :
http://soutien11novembre.org



>>> Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires
----------------------------------------------------------------


L'arrestation de Christophe, le 27 novembre, marque un palier dans la
bouffée délirante d'Etat que l'on nomme pudiquement "affaire de Tarnac".
Sa mise en examen situe le point où une procédure ne se poursuit qu'afin
de se sauver elle-même, où l'on inculpe une personne de plus dans le seul
espoir de maintenir le reste des inculpations.

En fait de "premier cercle", Christophe appartient surtout au petit nombre
de ceux avec qui nous discutons de notre défense. Le contrôle judiciaire
qui voudrait, pour l'avenir, lui interdire de nous voir est l'aberration
de trop ; c'est une mesure consciente de désorganisation de la défense,
aussi. A ce point de torsion de toutes les notions du droit, qui pourrait
encore exiger de nous que nous respections ces contrôles judiciaires et
cette procédure démente ? A l'absurde nul n'est tenu. Il n'y a pas besoin
de se croire au-dessus de la justice pour constater qu'elle est en dessous
de tout. Au reste, une société qui se maintient par des moyens si
évidemment criminels n'a de procès à intenter à personne.

La liberté sous contrôle judiciaire est le nom d'une sorte d'expérience
mystique que chacun peut se figurer. Imaginez que vous ayez le droit de
voir qui vous voulez, sauf ceux que vous aimez, que vous puissiez habiter
n'importe où, sauf chez vous, que vous puissiez parler librement, au
téléphone ou devant des inconnus, mais que tout ce que vous dites puisse
être, un jour ou l'autre, retenu contre vous. Imaginez que vous puissiez
faire tout ce que vous voulez, sauf ce qui vous tient à coeur. Un couteau
sans manche auquel on a retiré la lame ressemble davantage à un couteau
que la liberté sous contrôle judiciaire ne ressemble à la liberté.

Vous flânez sur un boulevard avec trois amis ; sous la plume des flics qui
vous filochent, cela se dit : "Les quatre objectifs se déplacent en
direction de..." Vous retrouvez après des mois de séparation un être qui
vous est cher ; dans le jargon judiciaire, cela devient une "concertation
frauduleuse". Vous ne renoncez pas, même dans l'adversité, à ce que toute
amitié suppose de fidélité ; c'est évidemment une "association de
malfaiteurs".

La police et sa justice n'ont pas leur pareil pour travestir ce qui tombe
sous leur regard. Peut-être ne sont-elles finalement que cette entreprise
de rendre monstrueux ce qui, aimable ou détestable, se comprend sans
peine.

S'il suffit de ne se reconnaître dans aucune des organisations politiques
existantes pour être "autonome", alors il faut bien admettre que nous
sommes une majorité d'autonomes dans ce pays. S'il suffit de regarder les
directions syndicales comme des traîtres avérés à la classe ouvrière pour
être d'"ultragauche", alors la base de la CGT est présentement composée
d'une série de dangereux noyaux d'ultragauchistes.

Nous désertons. Nous ne pointerons plus et nous comptons bien nous
retrouver, comme nous l'avons fait, déjà, pour écrire ce texte. Nous ne
chercherons pas à nous cacher. Simplement, nous désertons le juge Fragnoli
et les cent petites rumeurs, les mille aigreurs misérables qu'il répand
sur notre compte devant tel ou tel journaliste. Nous désertons la sorte de
guerre privée dans laquelle la sous-direction antiterroriste voudrait nous
engager à force de nous coller aux basques, de "sonoriser" nos
appartements, d'épier nos conversations, de fouiller nos poubelles, de
retranscrire tout ce que nous avons pu dire à notre famille durant nos
parloirs en prison.

S'ils sont fascinés par nous, nous ne sommes pas fascinés par eux - eux
que nos enfants appellent désormais, non sans humour, les "voleurs de
brosses à dents" parce que, à chaque fois qu'ils déboulent avec leurs 9
mm, ils raflent au passage toutes les brosses à dents pour leurs
précieuses expertises ADN. Ils ont besoin de nous pour justifier leur
existence et leurs crédits, nous pas. Ils doivent nous constituer, par
toutes sortes de surveillances et d'actes de procédure, en groupuscule
paranoïaque, nous, nous aspirons à nous dissoudre dans un mouvement de
masse, qui, parmi tant d'autres choses, les dissoudra, eux.

Mais ce que nous désertons d'abord, c'est le rôle d'ennemi public,
c'est-à-dire, au fond, de victime, que l'on a voulu nous faire jouer. Et,
si nous le désertons, c'est pour pouvoir reprendre la lutte. "Il faut
substituer au sentiment du gibier traqué l'allant du combattant", disait,
dans des circonstances somme toute assez semblables, Georges Guingouin
(Résistant communiste).

Partout dans la machine sociale, cela explose à bas bruit, et parfois à si
bas bruit que cela prend la forme d'un suicide. Il n'y a pas un secteur de
cette machine qui ait été épargné dans les années passées par ce genre
d'explosion : agriculture, énergie, transports, école, communications,
recherche, université, hôpitaux, psychiatrie. Et chacun de ces craquements
ne donne, hélas, rien, sinon un surplus de dépression ou de cynisme vital
- choses qui se valent bien, en fin de compte.

Comme le plus grand nombre aujourd'hui, nous sommes déchirés par le
paradoxe de la situation : d'un côté, nous ne pouvons pas continuer à
vivre comme cela, ni laisser le monde courir à sa perte entre les mains
d'une oligarchie d'imbéciles, de l'autre, toute forme de perspective plus
désirable que le désastre présent, toute idée de chemin praticable pour
échapper à ce désastre se sont dérobées. Et nul ne se révolte sans
perspective d'une vie meilleure, hormis quelques âmes sympathiquement
désespérées.

L'époque ne manque pas de richesse, c'est plutôt la longueur du souffle
qui lui fait défaut. Il nous faut le temps, il nous faut la durée - des
menées au long cours. Un des effets principaux de ce qu'on appelle
répression, comme du travail salarié d'ailleurs, c'est de nous ôter le
temps. Pas seulement en nous ôtant matériellement du temps - le temps
passé en prison, le temps passé à chercher à faire sortir ceux qui y sont
-, mais aussi et d'abord en imposant sa propre cadence. L'existence de
ceux qui font face à la répression, pour eux-mêmes comme pour leur
entourage, est perpétuellement obnubilée par des événements immédiats.
Tout la ramène au temps court, et à l'actualité. Toute durée se morcelle.
Les contrôles judiciaires sont de cette nature, les contrôles judiciaires
ont ce genre d'effets. Cela va bien ainsi.

Ce qui nous est arrivé n'était pas centralement destiné à nous neutraliser
nous, en tant que groupe, mais bien à impressionner le plus grand nombre ;
notamment ceux, nombreux, qui ne parviennent plus à dissimuler tout le mal
qu'ils pensent du monde tel qu'il va. On ne nous a pas neutralisés. Mieux,
on n'a rien neutralisé du tout en nous utilisant de la sorte.

Et rien ne doit plus nous empêcher de reprendre, et plus largement sans
doute, qu'auparavant, notre tâche : réélaborer une perspective capable de
nous arracher à l'état d'impuissance collective qui nous frappe tous. Non
pas exactement une perspective politique, non pas un programme, mais la
possibilité technique, matérielle, d'un chemin praticable vers d'autres
rapports au monde, vers d'autres rapports sociaux ; et ce en partant des
contraintes existantes, de l'organisation effective de cette société, de
ses subjectivités comme de ses infrastructures.

Car c'est seulement à partir d'une connaissance fine des obstacles au
bouleversement que nous parviendrons à désencombrer l'horizon. Voilà bien
une tâche de longue haleine, et qu'il n'y a pas de sens à mener seuls.
Ceci est une invitation.

Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon,
Mathieu et Yildune sont les dix personnes mises en examen dans l'affaire
dite "de Tarnac".







>>> Parloir sauvage à la SDAT
-----------------------------


Vendredi 27 novembre à 7h30, nous avons pénétré la zone sacrée entourant
le 84, rue de Villiers à Levallois-Perrret, locaux de la CIA française*.
Depuis le temps qu'on y emmène tous nos amis, on pouvait légitimement se
demander à quoi ressemblait ce lieu plein de mystères. En vérité, cela
ressemble tout à fait à un hôtel 4 étoiles pour séminaristes américains,
avec son hall de verre et ses dépendances dégueulasses en préfabriqués
(qui, soit dit en passant, sont les chambres qu'on réserve, précisément, à
nos amis). Cette fois, c'était Christophe qui faisait les frais du
désespoir armé du juge Fragnoli, une fois de plus en mal de
rebondissements. Il était semble-t-il accusé d'être trop proche de
certains inculpés, en particulier de sa femme Manon, qu'il verrait
régulièrement, d'après des sources proches du dossier. Nous avons décidé
de lui faire une petite fête.

Ce jour-là, donc, au lever du jour, et tandis que - la 72ème heure de sa
garde-à-vue atteinte - son avocat lui rendait visite, une vingtaine de
personnes porteuses de lunettes de soleil et de parapluies se massèrent
autour d'un véhicule monospace garé juste en face des préfabriqués
susmentionnés. Du véhicule sortait une musique rauque, auxquels
répondaient les cris de la petite foule bizarre et dansante. A y regarder
de plus près, il semblait qu'engoncés dans l'habitacle bas-de-plafond du
véhicule, deux individus suspects s'affairaient sur une batterie et un
synthétiseur hurlant. Le son réussit à percer les épaisseurs de Rockwool
et la surdité naissante de notre camarade, qui entendit bien, nous assure
son avocat, quelque chose.

Un attroupement si inhabituel troubla les agents la SDAT, qui ne se
sentaient sans doute pas de procéder à une interpellation, en armes et en
cagoules, pour « tapage matinal sur la voie publique en relation avec une
entreprise terroriste ». Désemparés par ce cas épineux, ils appelèrent
finalement à la rescousse la police des gens normaux, qui se trouva à son
tour bien embêtée. Les quatres pauvres agents cherchèrent désespérément un
responsable et des pièces d'identité mais n'obtinrent que des
gargouillements en italiens et une interprétation sincère de « il était un
petit navire ». Tout le monde s'éloigna avec l'air de ne pas y toucher,
d'abord poursuivis machinalement par les bleus, qui bien vite renoncèrent
à suivre quelque chose qu'ils ne savaient pas nommer.

Le comité de Paris.

* : La Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), fusion de la
Direction de la Sécurité du Territoire (DST) et des Renseignements
Généraux (RG), qui partage ses locaux avec la Sous-Direction
Antiterroriste (SDAT) de la Direction Centrale de la Police Judiciaire
(DCPJ).







>>> Communiqué suite à l'arrestation de Christophe
--------------------------------------------------


Ce matin à 6H30, la SDAT s'est permise de procéder à une nouvelle
arrestation parmis les "proches" des inculpés. Le Juge Fragoli nous avait
presque fait couler une petite larme la semaine dernière en se targuant,
dans Libération, de procéder dans ce dossier avec toute l'"humanité" dont
il était capable. Il aura, ce matin encore, fait montre de la finesse que
nous lui connaissions : 15 gros malins de la SDAT pour défoncer une porte
et braquer deux enfants de 4 et 6 ans dans leur lit. Tout cela afin
d'interpeller une personne qui avait déjà été arrêtée le 11 novembre 2008,
à partir d'éléments du dossier plus que fantasques et en leur possession
depuis le premier jour.

Evidemment, nous comprenons ce qui est en oeuvre ici. Alors que les deux
éléments centraux de leur accusation, à savoir la filature de Julien et de
Yildune et le témoignage sous X, ont été largement balayés par des
révélations récentes, les tristes clowns continuent leur fuite en avant,
usant de prétextes toujours plus risibles afin de faire diversion. Il est
à noter que le juge Fragoli, encore et toujours lui, aurait déclaré à des
journalistes qu'il ne procéderait pas à une reconstitution de la
soit-disante nuit des sabotages. Il semblerait donc définitivement vouloir
couvrir ce qui, chaque jour un peu plus, ressemble à des faux réalisés par
la SDAT. Souhaitons lui bonne chance, il en aura bien besoin.

Par delà cette pathétique tentative de diversion, nous voyons une fois de
plus ce que l'anti-terrorisme permet et se permet. Comme lors des deux
vagues d'arrestations précédentes, des amis des inculpés sont arrêtés en
pleine rue ou en plein sommeil pour subir 96 H de garde à vue et donc de
pression et d'humiliation. La démocratie ça se maintient comme ça peut.

Nous interprétons cette nouvelle tentative d'intimidation comme la seule
réponse qu'ait trouvée Mr Ragnoli a l'effondrement de son instruction.
Gageons que les semaines à venir nous permettent de définitivement en
finir avec cette farce, comme avec sa carrière.







>>> Lettre de Benjamin et Maka : "Fallait pas nous mettre dans la même
prison !"
--------------------------------------------------------------------------------

mini-site avec d'autres documents,
dont une vidéo : http://fallaitpas.noblogs.org


Je suis Maka, j'ai 22 ans, je suis en détention préventive depuis le 23
février 2008. Je suis mis en examen pour « tentative d'homicide volontaire
sur agents des forces de l'ordre » depuis le grand baroud policier qui
avait suivi les émeutes de Villiers-le-Bel en novembre 2007. Des centaines
de jeunes s'étaient affrontés à la police suite à la mort de deux
adolescents, dans une collision avec un véhicule de police.

Je suis Benjamin, j'ai 31 ans, je suis sous contrôle judiciaire, mis en
examen pour participation à « une association de malfaiteurs en lien avec
une entreprise terroriste » suite aux opérations de police menées sur tout
le territoire, notamment à Tarnac, en réaction aux sabotages simultanés de
l'alimentation électrique de plusieurs voies TGV en novembre 2008.

Je suis Maka, j'ai 22 ans, je suis en détention préventive depuis le 23
février 2008. Je suis mis en examen pour "tentative d'homicide volontaire
sur agents des forces de l'ordre" depuis le grand baroud policier qui
avait suivi les émeutes de novembre 2007 à Villiers-le-Bel. Des centaines
de jeunes ont affronté la police suite à la mort de deux adolescents, dans
une collision avec un véhicule de police.

Je suis Benjamin, j'ai 31 ans, je suis sous contrôle judiciaire, mis en
examen pour participation à "une association de malfaiteurs en lien avec
une entreprise terroriste" suite aux opérations de police menées sur tout
le territoire, notamment à Tarnac, en réaction aux sabotages simultanés de
l'alimentation électrique de plusieurs voies TGV en novembre 2008.

Un Blanc. Un Noir. Cité du Val-d'Oise. Petit village de Corrèze. Parents
immigrés africains de première génération. Classe moyenne de province.
Diplôme universitaire. Déscolarisation précoce. Nos histoires se croisent
au hasard d'une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque
de la reproduction sociale.

Désertion des "possibilités" d'un plan de carrière universitaire et
professionnel tout tracé. Désertion de la perspective de rejoindre la
France qui se lève vraiment tôt, celle qu'on croise à 5 heures du soir
dans le RER, celle qui nettoie la scène où la France qui compte se
produira au grand jour.

Désertion en tout cas de cette France qui expulse, qui parque, qui
discrimine, qui classe, ordonne, juge et enferme toujours selon la classe,
la race, le "patrimoine". Nous nous sommes trouvés dans une petite cour de
promenade humide et glauque de la prison de Fresnes, de sinistre
réputation. A l'ombre des barbelés, les pieds dans l'urine des rats. Un an
déjà s'est passé depuis notre rencontre et le système judiciaire n'a pas
manqué de manifester sa véritable nature : un système qui fixe au jour le
jour les critères de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas au
bénéfice, le plus souvent, des classes dominantes de cette société. Face à
ce système, et pris dans le viseur d'un gouvernement qui ne cesse de
mettre la vieille tradition réactionnaire française au goût du jour, nous
endossons chacun la défroque d'une figure de l'ennemi intérieur nouvelle
vague.

On comprend bien l'acharnement que met ce gouvernement - appuyé en cela
par la plupart des médias - à faire de nous, chacun à sa façon, les plus
terribles portraits, "barbares", "inconscients", "ultra-violents",
"anarcho-autonomes", "racailles" et toutes sortes d'autres outrances
langagières. On sent aussi à quel point ce que l'on conjure à tant nous
calomnier c'est la crainte que ces figures soient finalement plus
désirables que les figures officielles de la réussite et de l'intégration.

Et elles le sont sans aucun doute... Le jeune diplômé qui crache dans la
soupe de l'Occident triomphant et ne compte pas en rester là ; le jeune
fils d'immigré qui refuse de rempiler dans les fonctions de larbin qu'on a
toujours massivement réservées à ceux de sa couleur.

Notez que, même aux rangs des ennemis intérieurs désignés, la couleur de
peau et l'extraction font encore une terrible différence. La "société
civile", les médias s'émeuvent beaucoup moins du sort de quelques jeunes
"indigènes" aux prises avec une police galvanisée que lorsqu'il s'agit de
rejetons de la classe moyenne blanche - socle politique de ce pays. Et les
magistrats ont toujours la main plus lourde.

Nous nous sommes retrouvés là, l'un et l'autre, sur foi de réquisitoires
aussi peu fondés l'un que l'autre, où le bon vieux "témoignage anonyme",
pour ne pas dire "délation crapuleuse", dispense opportunément de la
"charge de la preuve"... Pris dans de véritables affaires d'Etat où les
enjeux politiques dépassent largement le sort particulier de nos petites
personnes, voire s'en balancent, au profit d'enjeux électoraux, de
compétition des services de renseignement et de police, de politiques de
communication policières et ministérielles.

Nicolas Sarkozy avait dit, avant même son élection à la tête de l'Etat,
toute sa crainte d'une "jonction" - jamais advenue - entre le mouvement
des universités contre le contrat première embauche (CPE) et les
différentes vagues de révoltes de la jeunesse de banlieue, ce n'est pas le
moindre des paradoxes que ce soit sa politique de répression elle-même qui
nous fasse nous rencontrer. Il n'y a jamais eu meilleur catalyseur que
l'épreuve d'une hostilité commune pour passer des frontières qui étaient
parfois apparues infranchissables. La simple juxtaposition de nos deux
histoires éclaire le présent d'une lumière plus crue. Nous pensons que
notre rencontre n'est pas qu'une anecdote sympathique. Elle nous a paru à
tous deux préfigurer ce qui doit arriver, ce qui, comme peu d'autres
choses, indique une sortie du marasme politique du présent.

Si nous prenons la parole aujourd'hui, c'est qu'il est temps d'en finir
avec l'habituel fatalisme qui entoure ceux qui sont pris dans les rouages
de la justice et qui n'ont d'autre horizon que le broyage pénitentiaire.
Nous ne sommes pas des épouvantails, nous sommes doués de parole et de
pensée et nous comptons bien en faire usage envers et contre tout
étouffement.

Fin octobre a été prononcé un non-lieu pour les policiers qui étaient à
bord du véhicule qui a provoqué la mort de Larami et Moushin. Il n'y aura
pas de procès. Dans le même temps, on annonce le renvoi aux assises des
quatre personnes soupçonnées, sans preuves, d'avoir participé aux tirs
contre les forces de police pendant les émeutes. Tout semble annoncer un
procès expiatoire.

Il s'agira de faire un exemple pour toute la jeunesse révoltée de ce pays
: "N'espérez même pas pouvoir vous défendre ! Nous jouissons de l'impunité
totale, vous risquez des peines énormes. Vous êtes pieds et poings liés",
semblent hurler tous les pouvoirs réunis en une seule et même chorale
infernale. Et nous n'avons pas fini de l'entendre : le 27 octobre avait
lieu à Clichy-sous-Bois une commémoration de la mort de Zyed et Bouna dans
un transformateur électrique lors d'une course-poursuite avec la police en
2005 ; ce même jour les policiers ont déposé une plainte contre Muhittin,
seul survivant du trio d'adolescents, aujourd'hui majeur, pour
"non-assistance à personne en danger".

Je suis Benjamin, je suis resté à peine trois semaines en détention. Comme
mes co-mis en examen je suis depuis onze mois sous contrôle judiciaire
strict avec l'interdiction de rentrer chez moi. Je cherche à faire que ce
temps volé par l'appareil judiciaire ne soit pas un temps mort.

Je suis Maka, comme mes co-mis en examen je suis depuis vingt mois en
détention "préventive", et placé à l'isolement. Je lis, j'écris, j'aiguise
ma compréhension de ce monde et de la place qui nous y a été dévolue ; je
fais ma révolution dans 9 mètres carrés.

Nous ne sommes que deux exemples parmi tant d'autres que nous ne pouvons
tous citer ici. L'année 2010 devrait voir de nouveaux rebondissements dans
nos deux "affaires". Elles sont toutes deux emblématiques de la guerre
totale que mène ce gouvernement contre tout ce qui ne se soumet pas à son
idéal glacé et policé. Nous pensons que ces victoires ne leur sont pas
assurées.

Nous savons que nous sommes toujours plus nombreux, de tous horizons,
déterminés à ne pas les laisser marcher sur nos têtes. Il faut que ces
"épisodes" judiciaires soient aussi pour chacun l'occasion d'une prise de
parti dans l'époque. Rester silencieux en de telles circonstances revient
à tenir le manche de la pelle qui s'évertue à vouloir nous enterrer
vivants.



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