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 Cavalier Alain

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alain
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Localisation : Dompierre sur Veyle ,France
Registration date : 2005-04-19

PostSubject: Cavalier Alain   Fri 7 Aug - 13:49

http://next.liberation.fr/cinema/2014/10/07/le-paradis-sur-terre_1116795

aa wrote:
CRITIQUE Alain Cavalier arpente sa maison et les alentours dans un splendide éloge du réel.

Contrairement à tous les usages de ce journal (et à rebours, même, de son éthique), qu’il nous soit permis, pour une fois, de citer l’intégralité d’un dossier de presse : celui du Paradis d’Alain Cavalier. Cela tombe bien : il ne consiste qu’en quelques lignes, écrites par l’auteur du film, sur une simple feuille de papier blanc. Le voici : «Depuis l’enfance, j’ai eu la chance de traverser deux minidépressions de bonheur et j’attends, tout à fait serein, la troisième. Ça me suffit pour croire en une certaine beauté de la vie et avoir le plaisir de tenter de la filmer sous toutes ses formes : arbres, animaux, dieux, humains… et cela à l’heure où l’amour est vif. L’innocence, le cinéaste en a perdu une partie. C’est si délicat à repérer autour de soi, si difficile à ne pas perdre au tournage. Ma reconnaissance va à ceux que vous regarderez à l’écran. Pour tenir tête au temps, j’ai une parade qui est de fouiller dans mon stock d’émotions et d’images anciennes. Non pour retrouver ce qui ne reviendra pas mais pour deviner dans l’hiver les signes du printemps. Cela permet de recommencer encore une journée d’un pas aisé.»

Profession de foi. Bien sûr, tout bon film se passe de mots, et Paradis est excellent. Mais ce texte de cristal n’a aucune raison de rester entre les mains pas toujours délicates des seuls journalistes, auxquels d’ailleurs il ne s’adresse pas spécialement. Il devrait être distribué à tous les spectateurs, comme une petite profession de foi, un avant-propos qui met en condition, efface d’un geste le brouillard nerveux où s’agite le monde et rapporte les choses à leurs justes, leurs exactes proportions. Et d’abord, celles d’un périmètre humain.

Alain Cavalier ne cavale plus le monde mais arpente sa maison, son jardin et les quelques fourrés, valons, bois alentour. Pas très loin d’un Godard en cela, il a fait de sa vieillesse une ancre topologique : je filme où mon corps habite ; le paysage qui m’environne suffit à faire théâtre, cirque, plateau. Le compas, et peut-être même la vue, d’un homme de 83 ans, ne portent plus très loin, mais l’intensité avec laquelle il regarde et embrasse les choses proches semble un privilège exclusif à la vieillesse. Mais que voit-il ? Le Paradis, toute contradiction bue, est un éloge du réel. Pas un sermon : tout occupé à sa fiction en bouts de ficelle, merveilleuse et fragile, comme dressée depuis l’enfance sur les tréteaux d’une nature imaginative, Cavalier nous dispense de tout discours sur la frivolité coupable d’un monde qui noierait la réalité sous un déluge virtuel d’informations et de divertissements. Il fait juste cette simple démonstration : ohé, le monde est là, et le paradis, s’il existe, c’est ici-bas. Le réel, rien que le réel mais tout le réel. Dans sa douce crudité poétique : la mort d’un petit paon, le tombeau dont le cinéaste l’honore, les traces que cette sépulture laisse sous les saisons. Ou dans son enivrante fantaisie : le petit jouet robot auquel Cavalier distribue le rôle d’Ulysse, les dialogues théologiques païens et funs. Et cette expérience enfin réalisée pour nous, menée dans les conditions du direct, après tant d’années de perplexité et de doutes : les clous dérouillent-ils dans le Coca-Cola ? Ou le réel dans la stupeur que nous inspire encore sa grandeur, sa puissance, sa beauté : ces plans virgiliens, toutes ces natures mortes et vivantes que le cinéaste nous donne en partage et qui crépitent d’autant plus fort qu’elles s’augmentent de la valeur du crépuscule à l’heure duquel elles sont filmées.

Eclat très pur. Film-journal, film-herbier, le Paradis, dans une économie et un style comparable à Pater, précédent film de l’auteur, exécute pourtant un mouvement inverse. Superbe lui aussi, Pater extrapolait le cinéaste, jouant avec la fiction extravagante du pouvoir présidentiel là où, cette fois, Cavalier tourne résolument son propos sinon sur lui-même du moins sur sa sphère vitale, son biotope, qu’il étudie en tant que tel et à travers lequel il jette les cordes d’un imaginaire toujours affleurant. L’exercice est souvent bouleversant, mais singulièrement il exalte, nous entraînant à renouer avec les termes d’un optimisme relatif mais toujours possible. Eclat très pur, léger, aérien, sans prétention mais pourtant d’une force rare, le Paradis invente une forme de film dont on ne voit d’équivalent qu’en peinture, dans un improbable cousinage entre Holbein, Poussin et Escher, quelque part entre l’autoportrait, la pastorale et l’anamorphose. Le résultat ne se discute pas : ce tableau-là fait du grand cinéma.
Olivier SÉGURET

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Cavalier Alain
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